Un chiffre : près de 1,5 million de Français perçoivent leur retraite à l’étranger. Derrière cette donnée froide, une réalité administrative qui ne laisse pas de place à l’improvisation. Un retraité français qui s’installe hors de France conserve ses droits à pension, mais doit chaque année transmettre un certificat de vie à ses caisses. Un changement d’adresse à l’étranger ne déclenche pas automatiquement la suspension du versement, mais une omission de déclaration fiscale ou sociale peut entraîner un blocage temporaire.
Depuis 2022, certaines démarches ont été simplifiées grâce à la dématérialisation, tandis que d’autres restent dépendantes de la coopération entre administrations étrangères et françaises. Les conventions bilatérales peuvent modifier les modalités de calcul ou d’imposition, créant des situations inégales selon le pays de résidence.
Vivre sa retraite à l’étranger : ce qu’il faut savoir avant de partir
Partir vivre sa retraite à l’étranger ne relève plus du fantasme lointain. Chaque année, des milliers de Français franchissent le cap, attirés par une vie moins chère, un climat plus clément, ou simplement l’envie de réinventer leur quotidien. Mais quitter la France ne s’improvise pas : la fiscalité appliquée aux pensions, la sécurité sociale à l’étranger, les démarches avec sa caisse de retraite… autant de points à examiner avant de réserver son billet.
Le pays de résidence compte pour beaucoup. Au sein de l’Union européenne, la législation facilite la circulation des pensions et l’accès aux soins de santé. En dehors de l’Europe, la situation se complique : certains États ont signé des accords bilatéraux (comme le Maroc ou la Tunisie), d’autres non, ce qui peut rendre la prise en charge médicale plus difficile. En Espagne, au Portugal, en Italie ou en Grèce, le versement de la retraite française s’effectue sans encombre, mais la couverture santé suppose une inscription auprès de la caisse d’assurance maladie locale.
Points à anticiper avant le départ :
Avant de poser vos valises à l’étranger, voici les vérifications à effectuer pour éviter de mauvaises surprises :
- Signaler son projet d’expatriation à chaque caisse de retraite
- Analyser les accords fiscaux entre la France et le pays choisi
- Demander le formulaire S1 pour bénéficier de la couverture maladie en Europe
- Évaluer l’impact sur la déclaration de revenus et la fiscalité du pays d’accueil
Le statut de retraité expatrié requiert rigueur et anticipation. La moindre faille administrative peut interrompre le paiement de la pension. Préparer son départ à la retraite ne laisse pas de place à l’approximation : une carrière complète en France facilite les démarches, mais chaque situation demande d’activer la machine administrative française et parfois de composer avec les lenteurs locales. Ne laissez rien au hasard : chaque justificatif, chaque formalité, chaque convention a son poids dans la réussite du projet.
Quelles démarches pour percevoir sa pension française hors de France ?
Pour toucher sa pension retraite depuis l’étranger, il faut respecter un parcours balisé. D’abord, avertir la caisse de retraite concernée (CNAV, Agirc-Arrco, MSA…) de sa nouvelle adresse hors de France. Cette étape déclenche la mise à jour du dossier, indispensable pour continuer à percevoir la retraite française sur un compte bancaire local ou français.
Chaque année, l’administration réclame un certificat de vie. Ce document, à faire viser par une autorité locale (mairie, consulat, notaire selon le pays), atteste que le bénéficiaire est bien vivant. Omettre de l’envoyer entraîne l’arrêt du paiement. On peut transmettre ce justificatif via l’espace personnel en ligne de la caisse de retraite, comme celui de l’Agirc-Arrco, ou par voie postale.
Le versement de la pension s’effectue en euros, sans surcoût dans l’Union européenne. Hors zone euro, des frais bancaires ou des commissions de change peuvent s’appliquer, selon la banque et la devise du pays d’accueil.
Pour assurer la continuité des droits, il est impératif de signaler tout changement : nouvelle adresse, modification d’état civil, coordonnées bancaires différentes. La caisse de retraite reste le contact privilégié pour toute question sur le versement de la retraite expatriée et les démarches propres à chaque pays.
Les obligations administratives à respecter chaque année
Une fois installé à l’étranger, le retraité doit gérer plusieurs formalités, chaque année, sans exception. En haut de la pile : le certificat de vie. Ce document, apparemment anodin, est pourtant incontournable. Il conditionne la poursuite du versement de la retraite française. Adressé à la caisse de retraite, il atteste auprès des autorités françaises que le bénéficiaire est toujours vivant. Les caisses réclament ce justificatif chaque année, sans délai, sous peine de suspendre le paiement.
L’autorité compétente pour le délivrer varie : mairie, consulat ou notaire, selon le pays. Si la dématérialisation progresse, l’envoi papier demeure fréquent. Attention aux délais : chaque caisse fixe sa propre date limite, qui peut différer selon le régime (CNAV, Agirc-Arrco…). Pensez à consulter régulièrement les messages sur votre espace personnel en ligne.
En plus du certificat de vie, d’autres documents peuvent être demandés. La preuve de résidence (facture, quittance, attestation) confirme que vous vivez bien dans le pays déclaré. Certains organismes exigent également la déclaration de revenus, notamment pour l’allocation solidarité (Aspa) ou le suivi de la fiscalité.
Voici les principales obligations administratives à ne pas négliger :
- Actualiser ses coordonnées bancaires, qu’elles soient françaises ou étrangères
- Déclarer tout changement de situation familiale : mariage, divorce, veuvage
- Fournir tout document exigé par la sécurité sociale ou l’assurance maladie retraite
La rigueur est de mise. Un oubli ou un retard dans l’envoi des justificatifs peut entraîner l’arrêt du versement, parfois même rétroactivement. Le lien avec la caisse de retraite doit rester actif, quel que soit votre nouveau pays de résidence ou votre régime d’affiliation.
Nouvelles règles et évolutions récentes pour les retraités expatriés
La fiscalité des retraités français installés à l’étranger évolue rapidement. Le très apprécié régime RNH au Portugal, longtemps prisé pour ses largesses fiscales, a changé de visage : les nouveaux arrivants ne profitent plus de l’exonération totale sur leur retraite française. Désormais, une taxation forfaitaire de 10 % s’applique, bouleversant les calculs de ceux qui rêvaient de Lisbonne ou de l’Algarve.
Les pays du sud de l’Europe bougent aussi leurs lignes. En Italie, un taux réduit est proposé dans certaines régions, mais la liste des communes concernées se modifie régulièrement. En Grèce, le taux de 7 % sur les pensions étrangères séduit toujours, mais l’accès à cet avantage et sa durée sont de plus en plus encadrés.
Côté français, les contrôles sur l’allocation de solidarité (Aspa) se sont renforcés depuis 2023. La présence effective sur place doit désormais être prouvée au moins six mois par an, sous peine de voir l’allocation coupée sans préavis.
Pour saisir l’ampleur des nouveautés, voici les principales évolutions à surveiller :
- Changements dans les conventions fiscales bilatérales
- Mise en place d’échanges automatiques d’informations fiscales au sein de l’Union européenne
- Contrôles renforcés des caisses de retraite sur les justificatifs de résidence
L’accès à la sécurité sociale et à l’assurance maladie dépend toujours du pays de résidence. Si l’Union européenne garantit la portabilité des droits, certaines formalités restent incontournables, comme l’inscription auprès de la caisse locale ou la demande du formulaire S1. La mobilité ne se résume pas à un changement de décor : c’est un changement de règles, à apprivoiser pas à pas.
Au bout du compte, s’expatrier à la retraite, c’est choisir d’embrasser une nouvelle vie, mais sans jamais perdre de vue l’exigence administrative qui file en filigrane. Un seul oubli, et l’aventure peut s’interrompre : mieux vaut donc garder le cap et avancer, dossier à la main, pour savourer pleinement cette autre latitude.


